Critiques

[CRITIQUE] : Loving


Réalisateur : Jeff Nichols
Acteurs : Joel Edgerton, Ruth Negga, Michael Shannon, Nick Kroll,...
Distributeur : Mars Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h03min.

Synopsis :
Mildred et Richard Loving s'aiment et décident de se marier. Rien de plus naturel – sauf qu'il est blanc et qu'elle est noire dans l'Amérique ségrégationniste de 1958. L'État de Virginie où les Loving ont décidé de s'installer les poursuit en justice : le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu'il quitte l'État. Considérant qu'il s'agit d'une violation de leurs droits civiques, Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux. Ils iront jusqu'à la Cour Suprême qui, en 1967, casse la décision de la Virginie. Désormais, l'arrêt "Loving v. Virginia" symbolise le droit de s'aimer pour tous, sans aucune distinction d'origine.



Critique :




A l'instar du génial Scott Cooper, en l'espace de trois films seulement, le talentueux Jeff Nichols s'est imposé comme l'un des cinéastes les plus doués de sa génération, tout autant qu'un digne successeur - avec J.J. Abrams - au vénéré Steven Spielberg; dont la filiation est plus qu'évidente.

Attendu comme le messie (ou presque) par une pluie de cinéphiles en ayant fait l'un des rendez-vous immanquable de ce premier semestre ciné de 2016 (voir même de l'année, soyons honnête), son Midnight Special sortie en mars dernier, avait définitivement fini de le consacrer comme le nouveau génie surdoué du cinéma ricain, le plus digne héritier des rois Spielberg, Carpenter et Eastwood.

Et encore plus du papa de E.T. évidemment, tant Midnight Special offrait - plus encore que Mud - une synthèse intimiste et minimaliste de l’œuvre Spielbergienne tout en se payant le luxe d'offrir un portrait glaçant d'une Amérique gangrenée par la peur - tout comme La Guerre des Mondes.



Voir même d'une synthèse tout court de sa propre œuvre, car l'atmosphère - onirique - et les thématiques parcourues, font clairement échos à celles égrenés dans ses précédents longs (la cellule familiale en danger, les angoisses d'être père, la gestion du deuil, l'enfant au cœur du récit, la lutte contre la société) et poursuivent complétement la quête introspective que le cinéaste fait autant de lui-même que de la notion de parentalité.

Un must-see déchirant, fiévreux, hypnotique et beau à en crever, qui se hissera sans l'ombre d'un doute, tout en haut du top des meilleurs films de la cuvée ciné 2016.
Déjà de retour quelques mois plus tard, et après un passage remarqué dans la compétition officielle du dernier Festival de Cannes (ou il est repartie bredouille, tout comme le bouillant Elle de Paul Verhoeven), avec Loving, pour lequel il retrouve à nouveau Joel Edgerton et son éternel lead-in Michael Shannon.

Ou la mise en image de l'histoire vraie Mildred et Richard Loving qui, après s’être marié en 1958, furent arrêtés par la police et mis en prison pour une année.
Rien de plus naturel qu'une union entre deux êtres qui s'aiment, mais dans l’Amérique ségrégationniste et encore plus dans l'état de Virginie à l'époque, le mariage entre deux personnes de couleurs différentes est passible de poursuite.



N'écoutant - à raison - que leur amour, le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu’il quitte l’État.
Considérant qu’il s’agit d’une violation de leurs droits civiques, Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux; ils iront jusqu’à la Cour Suprême qui, en 1967, casse la décision de la Virginie.
Désormais, l’arrêt « Loving v. Virginia » symbolise le droit de s’aimer pour tous, sans aucune distinction d’origine.

Sublime mélodrame inspiré de faits réels (une première pour le cinéaste) aux antipodes de sa récente fable SF tout en transpirant de tous ses pores la magie de son cinéma, Jeff Nichols ne change pas son fusil d'épaule et continue de reconstruire le mythe de l’Amérique en s'attaquant ici (tout comme Spielberg et Eastwood en leur temps) aux droits civiques; via la traque absurde et douloureuse d'un couple assumant
pleinement leur différence et dont le combat fait pleinement écho avec l'actualité contemporaine - les élections présidentielles outre-Atlantique, et la politique régressive de Trump.

Intelligemment minimaliste et follement intimiste, Nichols démontre avec simplicité et finesse les coulisses d'un combat oppressant qui ne s'est finalement jamais terminé (la lutte pour les droits civiques des noirs américains est encore vif aujourd'hui), dénonce l'absurdité du racisme et du ségrégationnisme tout autant qu'il laisse exploser tout le sentimentalisme poignant qui grondait depuis toujours en lui et ses précédentes œuvres.



Jamais la sincérité et le dévouement amoureux n'avaient été effleurés avec autant de beauté par le cinéaste (un simple silence, un simple regard échangé vaut tous les mots), et ses thèmes chers (la paranoïa - surtout paternel -, la famille, la peur pour les siens, la lutte contre ) n'en sont que plus grandit par cette implication personnelle encore plus prégnante; et cette volonté louable, de retranscrire sa vision de cette histoire démontrant que l'amour peut bel et bien triomphé de tout.

Épuré de toute mièvrerie ou de tout pathos de supermarché putassier et déjouant tous les clichés et passages obligés, Loving va à l'essentiel et fait constamment mouche pour mieux incarner un bijou de sobriété, bluffant de justesse et de maitrise, un sommet d'humanisme et de sensibilité à l'élégance incroyable (la photographie d'Adam Stone est lumineuse).

Totalement voué à sa cause, Joel Edgerton (roc romantique à fleur de peau) et Ruth Negga (cœur d'or à la détermination sans borne) sont absolument merveilleux - leur alchimie, en tout point parfaite, crève l'écran -, et personnifient la cerise sur le gâteau d'un grand mélodrame américain comme on les aime, pétri de pudeur et de grâce, et aux sentiments aussi déchirants qu'universels.
Un chef d’œuvre, tout simplement.


Jonathan Chevrier

John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwoood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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