13 Reasons Why

[FUCKING SÉRIES] : 13 Reasons Why : Une chronique adolescente nécessaire et douloureusement sincère


(Critique de la première saison)



Alors que le septième art commence doucement mais surement à célébrer le teen movie comme il le mérite, entre deux potacheries totalement assumées, le petit écran US en revanche, avait bien du mal à nous pondre une série pour ados digne de ce nom, après le sacro-saint trio des années 2000 Dawson/One Tree Hill/Gilmore Girls.
Un gros cran en retard derrière les Britanniques (Skins, Misfits, Journal d'une Ado Hors Norme), malgré la merveilleuse Ankward (et dans une moindre mesure l'extravagante Glee), Netflix persiste et signe en permettant au pays de l'oncle Sam de rattraper tout son retard avec l'indispensable 13 Reasons Why, qui fout un gros coup d'éclairage sur un sujet douloureux qui gangrène la société contemporaine : le harcèlement scolaire (et par extension, le slut shaming) et le suicide adolescent.


Adaptation du roman phare éponyme de Jay Asher, la série nous conte l'histoire de Clay Jensen, un adolescent qui découvre sous son porche au retour du lycée, une mystérieuse boîte portant son nom.
À l'intérieur, des cassettes audios enregistrées par Hannah Baker, une camarade de classe qui s'est tragiquement suicidée deux semaines auparavant, et qui a envoyée ces dites cassettes à tous ceux qu'elle jugeait responsable de son acte.
Les enregistrements révèlent que la jeune fille, dont il était amoureux, a décidé de mettre fin à ses jours pour treize raisons, et Clay est définitivement l'une d'elles...


Plongée difficile et malaisante, voir même un poil perverse (on suit aux premières loges la chute progressive et définitivement tragique, d'Hannah), tout en étant incroyablement fascinante et addictive, au sein du destin douloureux d'Hannah, qui fait découvrir une à une, les raisons de son décès tragique à celui qui l'aime - mais pas que -, 13 Reasons Why est une touchante et honnête chronique adolescente sur le harcèlement scolaire - traité de manière joliment frontale -, volontairement sensibilisante, qui évite les écueils faciles du drame larmoyant pour mieux nous conter - sans jamais être pesant -, la descente aux enfers d'une adolescente dépressive dont le monde s'écroule peu à peu sous nos yeux (même si l'on pourra certainement lui reprocher, à juste titre, le fait de ne pas forcément croquer un peu plus en profondeur, la psychologie de la dépression d'Hannah).


Pointant du bout de la pellicule tous les infimes détails - souvent cruels - qui font de la vie adolescente un véritable calvaire, retranscrits avec une pertinence incroyable au risque même d'être parfois gênant (pouvons-nous réellement mettre fin à nos jours pour 13 raisons ?), partant d'un pitch aussi simpliste qu'il est casse-gueule (narrer les malheurs d'une jeune fille à travers les yeux d'un garçon qui a des sentiments pour elle), et une narration entre passé et présent un poil déroutante (et pas aidé par une réalisation plate au possible) mais prenante sur la durée; le show, intime et déchirant, tire avant tout et surtout, sa force d'un casting impressionnant, avec des personnages tous plus attachants les uns que les autres et flamboyant dans leurs faiblesses, et totalement voués à sa cause.


De la mésestimée Kate Walsh au charismatique Christian Navarro, en passant par Katherine Langford (solaire), tous gravitent autour du génial Dylan Minette (parfait), qui a tout pour incarner la next Big Thing d'Hollywood.
Crédible (même si Clay met plusieurs semaines à découvrir la vérité, au lieu de dévorer les cassettes d'un trait), sombre et mature, jouant habilement des clichés inhérents au genre - B.O d'enfer à la clé, coucou The Cure et Joy Division - pour mieux consolider son message de prévention (dans lequel tout le monde peut se reconnaitre, parents et enfants), universelle, intelligente et follement importante, 13 Reasons Why est une humble tragédie à la fois naturelle et d'une générosité rare, traitant avec délicatesse du deuil et de la confusion/douleur face à la perte d'un proche.


Une bouleversante surprise à la beauté et à la sincérité débordante, au douleureux parfum de nostalgie et de mélancolie, un de ces shows brillants qui nous hantent encore longtemps après vision, et qui n'a pas du tout usurpé son statut de sensation du moment.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwoood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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